Prix d’excellence – la loyauté et l’implication de Gaston

Cette année, nous lançons nos Prix d’excellence – Parcours de rétablissement. 

Avec cette reconnaissance, nous voulons souligner les parcours de rétablissement exceptionnels de personnes tout aussi exceptionnelles à nos yeux. 

Nous connaissons Gaston depuis une dizaine d’années (rapport annuel 2023-2024). Après 2 tentatives de vivre en logement autonome, il habite aujourd’hui dans un HLM. Il a réussi à se construire une vie plus calme et stable, il joue au bowling. Plus particulièrement, nous souhaitons souligner son engagement envers notre organisme : il a toujours été un participant assidu à notre assemblée générale annuelle. 

Nous vous présentons ici le récit du parcours de rétablissement de Gaston, écrit à la manière d’un conte. Bonne lecture! 

Moi, c’est Gaston. J’vais avoir 78 ans en janvier. J’ai vécu une drôle de vie. Jessica m’a demandé de vous raconter un p’tit bout de mon histoire…

J’suis né à Sainte-Philomène-de-Fortierville, entre Lévis et Bécancour. Mes parents étaient mariés. On était 7 enfants. Ma mère est décédée en 2000, et mon père avant ça. Il a fait une cirrhose du foie : c’est la boisson qui l’a tué.

On ne voyait pas notre père quand on était jeunes. L’hiver, il travaillait dans des chantiers de bois. Il avait des chevaux, une dizaine. Quand il descendait l’été, ses chevaux arrivaient par le train, ça arrivait à la gare du village. Puis il les mettait dans le champ.

Après, on a déménagé à Montréal. C’est dans ce coin-là que ma mère a demandé le divorce. Je n’ai pas vu mon père à jeun souvent, il buvait beaucoup. Il était peut-être schizophrène lui aussi…

J’ai quitté la maison à 17-18 ans. J’suis parti rester en appartement avec mon frère Jean-Marc. Je buvais dans ce temps-là, beaucoup. Même s’il buvait aussi, on ne buvait pas ensemble. Moi, je ne buvais pas chez moi. C’était pour me dégêner quand j’allais dans les clubs, parce que j’aimais beaucoup danser. Je travaillais à Postes Canada, pour la poste prioritaire, et je m’étais acheté un camion aussi, pour faire du déménagement à mon compte, ça allait bien dans ce temps-là. À 21 ans, j’ai eu une copine, elle en avait 27, et elle avait une f ille. Ça n’a pas duré, je buvais trop.

Après avoir quitté l’appartement que j’avais avec mon frère, j’ai vécu en appartement seul sur la rue Saint-Denis, un 3 ½. Je suis resté là quelques années, mais j’ai été mis dehors parce que je ne payais pas mon loyer. J’avais perdu ma job à Postes Canada parce que je n’allais plus travailler célébrations du 35e anniversaire de Diogène. et je ne les appelais pas. Mon affaire au cerveau, ma schizophrénie, avait commencé à me travailler. J’entendais des voix… Je les entends encore, mais… ça ne me fait plus peur.

La première fois que j’ai vu un psychiatre, je devais avoir 30 ans, c’est ma sœur Gisèle et ma mère qui ont fait qu’on aille à l’hôpital. Je me suis ramassé à l’Hôtel-Dieu. Je ne sais pas combien de temps je suis resté là. J’me suis en allé, pis là j’étais dehors… « Qu’est-ce que je vais faire, pas d’argent ? » J’avais plus de place où aller, mais j’avais une place à l’Hôtel-Dieu. Alors je suis retourné à l’hôpital par moi-même. Ils m’ont mis sur un lit, ils m’ont attaché. C’est moi qui m’en suis retourné, je ne savais pas où aller ni quoi faire ! Ils m’ont attaché pareil. Ça m’a pas dérangé. J’suis resté 6 mois. Là j’ai engraissé, parce que je mangeais 3 fois par jour. À l’époque je fumais deux paquets de cigarette par jour.

Je ne me rappelle plus comment j’me suis retrouvé à la rue. J’ai fréquenté les refuges, la Maison du Père, Bon accueil, OBM. J’allais manger à l’Accueil Bonneau. J’sais pas combien de temps j’ai fait ça… plusieurs années… 10-15 ans. Je faisais la ligne le soir pour avoir une place. Des fois l’hiver, j’étais en souliers. J’avais mal aux pieds, j’avais les pieds gelés. Je gigotais pour me réchauffer. Dans ce temps-là, j’ai même pensé que quelqu’un m’envoyait de la chaleur aux pieds par le trottoir… ça les dérangeait peutêtre que j’aille froid, ça leur faisait peut-être mal à eux aussi. Je pensais des affaires. Une fois, j’ai couché dehors. J’avais oublié de faire mon lit le matin au refuge. Quand je suis arrivé le soir, ils ont dit : « Non, tu ne rentres pas, tu n’as pas fait ton lit le matin, tu couches pas icitte à soir ». Cette nuit-là, je suis allé dormir sur un banc dans un parc. Ce n’était pas l’hiver par chance. Je l’ai faite mon litte après ça  !

Ça a été une période très difficile. Je suis bien en comparé à ce temps-là. Je travaillais fort quand je ramassais des canettes, je n’aimais pas ça  ; quêter non plus je n’aimais pas ça, mais c’était plus payant. J’avais un ami, quand on était dans le trouble, c’était pas joyeux ben ben, fallait que je lui donne tout. Je ne sais pas ce qu’il faisait avec.

J’ai sorti une fois à 6 h du matin pour aller quêter une cigarette et je me suis dit que ça n’avait pas d’allure, se lever à 6h pour aller quêter une cigarette, plus question. Tant qu’à avoir de la misère à en avoir, aussi bien arrêter complètement.

J’ai rencontré Jessica de Diogène en 2010. C’était au McDo coin Saint-Laurent/ Notre-Dame, près du palais de justice. Je voulais qu’on s’assoie près de la porte, parce que j’avais dû laisser mon chariot plein de canettes sur le trottoir. Au début, je ne leur faisais pas vraiment confiance. Je ne leur disais pas tout. Ils m’ont trouvé un logement avec Chez Soi. J’suis resté là pendant 1 an. Le concierge n’était pas un cadeau ! Je me suis retrouvé dehors : j’avais pas payé mon loyer, je buvais encore à l’époque et ça allait pas bien dans ma tête, j’avais arrêté mes médicaments. J’suis retourné à la rue, à OBM.

Ma sœur a appelé Diogène, ils m’ont repris dans leur programme. Ils m’ont relogé et ça a marché. Ça fait 7 ans maintenant que je suis en HLM : ça se passe bien, j’ai un bel appart. Je joue au bowling 3 fois par semaine dans deux ligues. Je ne reçois plus les services de Diogène depuis 4-5 ans. Mais on reste toujours proches ! Si j’avais pas eu l’aide de Diogène, pour me trouver un appartement, en payer une partie… je ne sais pas où je serais. Je pense que je ne serais jamais sorti de la rue si vous n’aviez pas fait ça. Je suis content aussi d’avoir arrêté de fumer et de boire.

L’autre fois, ma sœur Gisèle m’a servi un verre de whisky à l’érable, tabarnouche que c’était bon. Ah, c’était bon. Rendu chez nous, je suis allé à la Commission des liqueurs, je suis allé m’en acheter une bouteille. Ça m’a pris 4 jours pour le boire. Là, j’ai arrêté, je n’en ai pas racheté tout suite. Quand j’en ai racheté une autre bouteille, ça m’a pris 2 mois la boire. Après ça, j’ai dit : « c’est fini ! » J’ai décidé que je ne buvais plus, j’avais pas d’argent. J’ai été habitué des années sans boire. Toutes les années que j’allais coucher à OBM…pas question que je boive et que je retourne là-bas.

Donc y’a quelque chose de bon qui est ressorti de ça. Dans mon malheur, il y a sorti quelque chose de bien. Vous autres, vous m’avez vu dans le temps que j’étais f lyé pas mal. Pis là… ça fait toute une différence ! Oui, je suis bien là. 

Lors de la soirée de notre 35e anniversaire, la conteuse professionnelle Lucie Bisson nous a transporté·es dans l’univers de Gaston.

Photo en tête d'article : Gaston
Crédit photo : Angie Dupuis, Photographie d'émotion